Interview : Rencontre avec le chanteur de Barely Blue

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Interview : Rencontre avec le chanteur de Barely Blue ...

Rencontrés en 2023 grâce à une application dédiée aux musiciens, les quatre membres de Barely Blue ont rapidement trouvé leur son : des paroles mélancoliques portées par une énergie rock brute et live. Entre parcours d'apprentissage, méthode de composition à quatre voix et coulisses de la scène, leur chanteur nous ouvre les portes de leur univers, entre sincérité, humour et ambition.

À quel âge as-tu commencé la musique, et par quel instrument ?

C'est un peu flou pour moi de dater précisément le début. Je me souviens qu'à 6 ans, dans la voiture pour aller à l'école, on écoutait des CDs en boucle, il y a plein d'albums que je connais par cœur grâce à ça. C'est surtout grâce à ma mère que je fais de la musique aujourd'hui. Pour moi, tout a commencé par le chant : je n'ai jamais pris de cours à proprement parler, mais je chante depuis mes 6 ans. J'ai ensuite commencé les cours de guitare vers 13-14 ans, que j'ai arrêté une fois que j'avais assez de bases techniques et théoriques pour composer par moi-même.

Combien de temps as-tu pris de cours de guitare, et comment ?

Quatre ans, avec un professeur particulier chez qui j'allais entre midi et deux quand j'étais au collège. Ensuite, c'est en groupe que j'ai continué à apprendre.

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Crédit photo : shotby.félix 

Et pour le chant ?

J'ai dû prendre cinq ou six cours de chant dans toute ma vie, pas plus. Ce qui m'a le plus aidé, c'est simplement de chanter souvent puisque la voix, c'est un muscle. Et deuxième chose essentielle : prendre soin de sa voix, notamment par l'échauffement. On ne fait pas un sprint sans échauffer ses muscles avant, c'est la même chose pour la voix. Je fais 15 à 30 minutes d'échauffement et de respiration avant de chanter : la respiration, c'est vraiment la clé.

Y a-t-il eu un déclic ou un artiste qui t'a donné l'élan de te lancer ?

Deux, en fait. Le premier est un peu biaisé : mon cousin fait partie d'un groupe qui s'appelle Kodaline, donc je connais leurs cinq albums par cœur. Le deuxième groupe que j'écoute depuis 2014, c'est The 1975 et pareil, je connais leurs cinq albums et leurs lives par cœur. Ce sont ces deux groupes qui m'ont vraiment donné envie de jouer en groupe. Mais avant ça, ce qui m'a inspiré la musique en général, ce sont les influences de ma mère : Sting, Elton John, The Police, Queen, tout ce qui est un peu 70-80. 

Ta mère est-elle musicienne ?

Pas professionnellement, mais elle a fait un peu de piano et elle chante tout le temps. Elle a surtout une culture musicale incroyable, notamment sur les années 60-70-80 : elle est imbattable en blind test. 

Quelle a été la partie la plus difficile à apprendre pour toi ?

Apprendre la musique en elle-même n'a jamais été difficile pour moi, j'avais vraiment l'envie. Ce qui est compliqué aujourd'hui, c'est plutôt le côté "business" d'un groupe : il faut constamment être sur TikTok, poster sans arrêt, et je trouve que ça dévalorise un peu l'art. Quelqu'un qui compose un morceau incroyable mais ne poste rien aura moins de visibilité qu'un morceau moins bien posté mille fois. Malheureusement, la musique fonctionne beaucoup comme ça aujourd'hui, et c'est ça, pour moi, le plus difficile.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Avant, je faisais partie d'un groupe à Grenoble. On a tous déménagé à Paris en pensant que ce serait mieux pour la musique, ce qui est vrai. Mais avec le temps, ce groupe a évolué vers l'électro, et moi, en tant que chanteur qui adore la scène et le live, l'électro ne me convenait pas vraiment. Je me suis inscrit sur une application de rencontre pour musiciens. Je suis d'abord entré en contact avec le batteur, puis une semaine plus tard j'ai trouvé le guitariste. Au bout d'un mois, on s'est vus à trois chez le batteur avec des morceaux que j'avais déjà composés, et on a commencé à jouer ensemble. C'était en novembre 2024, après notre cinquième essai avec un bassiste, que se rajoute notre quatrième membre.

Qu'est-ce qui fait que ça matche musicalement entre vous quatre ?

On a globalement le même univers musical, mais pas exactement le même style et c'est justement ce qui rend le son plus original. La plupart du temps, j'arrive avec une idée : un couplet, un refrain, une mélodie, des paroles et quelques accords. On construit ensuite ensemble. Une fois, on a fini de composer une chanson entière — batterie, basse, guitare et chant — en deux heures, simplement parce que l'inspiration était là et que tout était frais. Quand j'explique aux autres l'univers émotionnel d'une chanson, chacun se met dans cette bulle, et c'est là que ça fusionne : on est déjà sur la même longueur d'onde avant même de commencer à composer.

Qui écrit les paroles ?

C'est moi, en grande partie — je suis le seul du groupe à être bilingue (je suis aussi irlandais), et on écrit uniquement en anglais pour toucher un public plus large. Pour moi, la mélodie du refrain est ce qui compte le plus : si elle me convient, on sort la chanson. Le guitariste compose aussi parfois des squelettes de morceaux sur lesquels j'écris ensuite couplets et refrains. Entre lui et moi, il y a une très bonne synergie. Ensuite, chacun apporte sa partie : le bassiste sa ligne de basse, le batteur sa batterie puis on en discute tous ensemble. On est rarement en désaccord.

Les autres membres viennent d'où ?

Le batteur, Matthieu, est belge, le guitariste qui s'appelle Mathieu aussi, vient de Cavanac vers Carcassonne et le bassiste, Thomas, est originaire d'Île-de-France.

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Crédit photo : shotby.félix 

Qu'est-ce que ces origines différentes apportent à votre musique ?

Sur nos premières chansons, comme "Silhouette" ou "Mermaid" — j'avais déjà tout composé, parfois même enregistré, avant que le groupe existe. Quand je les ai montrées aux autres, ils ont adoré mais ont proposé des changements, parfois une restructuration complète. Et honnêtement, c'est mieux comme ça : il y a des parties de batterie ou de guitare que je n'aurais jamais eu l'idée d'écrire moi-même, et qui sont bien meilleures. Ce que j'aime, c'est définir l'univers et la direction générale et ensuite laisser chacun choisir la route dans son domaine d'expertise.

Avez-vous déjà envisagé d'écrire en français ?

On y a pensé — par exemple un couplet en français et un refrain en anglais, ou l'inverse. Mais personnellement, ma voix et mes paroles viennent beaucoup plus naturellement en anglais qu'en français.

Comment avez-vous trouvé le nom du groupe ?

C'était chez mes parents, l'été 2023, pendant qu'on composait encore le premier EP sans avoir de nom. Mathieu (le guitariste) voulait un mot avec "bleu" en anglais, parce qu'on a tous les yeux bleus. Un autre membre du groupe, aussi appelé Matthieu, a proposé "Barely". On s'est tous regardés : ça marchait, avec le double B de "Barely Blue". Et le sens fonctionnait aussi : nos paroles sont très mélancoliques ("blue" = la mélancolie), mais la musique est rock, brute et énergique — "barely" apporte ce contraste. C'est une harmonie de contrastes.

D'où vient cet univers mélancolique aux accents rock bruts ?

Pour la musique, ça vient de nos influences communes : Arctic Monkeys, Muse, Royal Blood... on adore ce côté live, batterie-basse-guitare sur scène. Pour les mélodies et les paroles, c'est plutôt moi. Une chanson, je ne l'écris jamais en une journée, ça prend des semaines, parfois des mois. Souvent, j'écris des paroles sans en avoir pleinement conscience, et en les relisant plus tard, je réalise qu'elles avaient un sens que je n'avais pas identifié au moment de l'écriture. Je compose surtout très tard le soir ou tôt le matin — c'est là que le cerveau est le plus créatif, en mode "rêve" plutôt qu'en mode concentré. Et les moments les plus émotionnels sont ceux où les paroles viennent le plus naturellement : les émotions sont innées, universelles, donc elles s'écrivent presque toutes seules.

À quel âge as-tu commencé à écrire tes propres chansons ?

Je crois que c'était en seconde, c'est là que j'ai fini ma toute première chanson.

Un média belge a comparé votre son à Balthazar et à l'univers de Leonard Cohen : ça vous parle ou ça vous surprend ?

Plutôt ça me parle. Le batteur écoute beaucoup Balthazar, et j'en ai écouté un peu grâce à lui, on est dans le même univers. Pour Leonard Cohen, c'est surtout une histoire de voix, notamment sur nos premières chansons : je vois les similitudes, même si je ne dirais pas être directement influencé par lui.

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 Crédit photo : shotby.félix 

Comment passes-tu d'un univers mélancolique en studio à une prestation scénique dynamique ?

Je suis quelqu'un de très théâtral, et je stresse énormément avant un concert, je suis sans doute le plus stressé du groupe. Mais dès que je monte sur scène, ce stress se transforme complètement. C'est la musique elle-même, les lumières et la réaction du public qui me mettent dans le mood : sur un titre doux, je ne vais pas sauter partout ; sur un titre rock, l'énergie du public me porte encore plus. C'est presque chimique, ça reste très naturel pour moi.

Comment gères-tu le stress avant un concert ?

Je marche, je tourne en rond, je fais mes exercices de respiration, ça m'aide autant sur scène qu'au quotidien, pour calmer le rythme cardiaque. Côté alimentation, si on joue à 20h, je mange pour la dernière fois vers 14h, sinon j'ai la boule au ventre et je ne peux plus respirer correctement. Avant de monter, on a toujours un moment à nous, seuls, puis un moment tous ensemble pour se motiver et lâcher un peu d'énergie avant de monter sur scène.

Un souvenir marquant d'un de vos concerts ?

Un concert dans le cadre d'un tremplin, au Backstage by the Mill, vers Pigalle à Paris. Aucun problème technique, aucune erreur de notre part, des lumières et des projections incroyables, et beaucoup de public qui connaissait les morceaux par cœur. Quand ces trois éléments sont réunis — bon son, pas de souci technique, et un public à fond — c'est le Graal : je peux me donner encore plus. On a aussi connu l'inverse : un problème technique où on n'entendait plus la guitare pendant trois chansons, parce que l'ingénieur son sur place ne connaissait pas nos morceaux. On n'a pas d'équipe technique fixe qui nous suit, donc ce genre de couac peut arriver.

Comment gérez-vous les erreurs sur scène ?

On joue avec un système de clic dans les oreilles, ce qui rend les concerts beaucoup plus précis et professionnels — plus besoin de compter "1, 2, 3, 4" au micro. Mais parfois on se décale du clic, ce qui peut poser problème avec les parties automatisées. Une fois, ma guitare a coupé en plein concert : j'ai fait semblant de continuer à jouer en souriant, puisque la basse, la batterie et le synthé étaient toujours là. Le plus important, c'est de rire de ses erreurs plutôt que de paniquer : si toi tu es à l'aise, le public l'est aussi. Mieux vaut se tromper et en rire que se tromper et le montrer.

Vous fonctionnez en production indépendante, qu'est-ce que ça vous apporte ?

On enregistre et on mixe nous-mêmes avec un ami, Alexander, qui a fini par nous accompagner en studio pour les derniers morceaux. "Indépendant" veut dire qu'on paie tout nous-mêmes. Ça nous permet de garder nos droits d'auteur et d'être libres sur nos choix musicaux : le mix, le studio, etc.

Est-ce que ça complique le fait de vous faire connaître ?

Énormément. Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, c'est presque impossible de percer sans y investir massivement — en temps ou en argent. Ce qui me frustre, c'est que la musique est devenue trop lissée, trop parfaite : les voix sont tellement retravaillées qu'elles ne sonnent plus humaines. Je préfère largement une voix imparfaite mais habitée, avec du grain, à une voix trop propre. Pour percer aujourd'hui, il faut clairement investir dans les visuels et la communication — on prépare justement notre deuxième EP en mettant un vrai budget de côté : un tiers pour l'enregistrement en studio, un tiers pour deux clips professionnels, un tiers pour la promotion sur les réseaux.

Avez-vous démarché des labels ?

Pas encore vraiment — le souci, c'est que sans clips ni visuels solides, c'est difficile. Et aujourd'hui, les labels regardent autant le nombre de followers Instagram que la qualité musicale, ce qui peut être très frustrant : un groupe avec 2 000 followers mais une vraie qualité artistique aura moins d'attention qu'un compte à 20 000 followers avec une musique plus pauvre. C'est pour ça qu'on essaie d'abord de renforcer notre présence avant de démarcher.

Pour le deuxième EP, quelle direction avez-vous prise ?

C'est un concept en quatre EP autour des quatre éléments. Le premier EP tournait autour de l'eau et de l'océan. Le deuxième sera axé sur le feu — musicalement plus rock, brut et live ; les chansons sont quasiment terminées, il ne reste plus qu'à faire les démos avant le studio. Le troisième portera sur la forêt et la nature, avec des thèmes plus engagés, en lien avec l'actualité écologique et politique. Le quatrième sera consacré à l'air et au ciel, dans une ambiance plus psychédélique et planante. On a donc une direction claire pour les trois-quatre prochaines années.

Où vous voyez-vous dans 5 ans ?

On s'est tous posé la même question au départ : est-ce qu'on veut vivre de la musique ? On a tous répondu oui, et c'est ce qui nous garde ensemble malgré nos métiers très différents (ingénieur, financier, psychomotricien). L'objectif, c'est d'abord de pouvoir vivre de la musique pour arrêter nos emplois à temps plein, tout en continuant à composer nous-mêmes et à découvrir le monde grâce à la musique. Mon rêve ultime : arriver dans un pays où je n'ai jamais joué, où on ne parle même pas anglais, monter sur scène, et voir le public chanter mes propres paroles sans que j'aie besoin de chanter moi-même. Le jour où ça arrive, je pense que je pleurerai sur scène.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui veut se lancer mais n'ose pas ?

S'entourer de personnes aux compétences différentes des siennes. Dans le groupe, je gère la composition ; le batteur, qui travaille en finance, gère toute la partie administrative et budgétaire ; le guitariste, très à l'aise en informatique, a mis en place tout notre système technique pour le live ; le bassiste gère les réseaux sociaux et l'image, un domaine qu'il maîtrise parfaitement. Si on était quatre à ne savoir que composer, on aurait sans doute 40 chansons, mais aucune structure, aucune visibilité. Deuxième conseil : se voir très régulièrement, surtout au début — des coupures de plusieurs semaines font perdre tout le rythme acquis. Et troisième conseil : traiter le groupe comme une vraie entreprise dès le départ (contrats, répartition des droits, etc.), tout en gardant un vrai lien personnel entre les membres, au-delà du business.

Qu'est-ce que la musique t'apporte dans ta vie ?

Trois choses principales. Jouer sur scène, qui est pour moi une forme d'extase pure. Voir une idée de chanson prendre forme très vite en répétition et sonner bien — un autre niveau de satisfaction. Et le moment de composition lui-même : quand une mélodie me vient, parfois sous la douche, dans la rue ou dans le bus, et que je dois la répéter des dizaines de fois dans ma tête pour ne pas la perdre avant de pouvoir l'enregistrer. J'ai aujourd'hui plus de 500 mémos vocaux d'idées à trier sur mon téléphone.

Et pour finir, y’a-t-il un morceau qui te fait un peu honte dans ta playlist perso, mais que tu écoutes quand même en cachette ?

Je n'ai pas vraiment honte, j'assume plutôt ! Mais dans l'univers rock de mon groupe, j'avoue écouter "Ophelia" de Taylor Swift — un vrai banger, une mélodie incroyable. Aussi "No Tears Left to Cry" d'Ariana Grande, et "Riding Solo" de Jason Derulo, à l'ancienne.

Envie de plonger dans l'univers mélancolique et énergique de Barely Blue ? Retrouvez leur premier EP Songs from the Ocean sur toutes les plateformes de streaming, et suivez le groupe sur les réseaux pour ne rien manquer de leur prochain EP !

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