Entre chanson française, héritage lyrique, textures électroniques et goût pour les formes hybrides, Judielune développe un univers sensible et singulier. Avec Femmes de Laine, créé en dialogue avec la styliste Lucie Menand, elle explore la guérison, la métamorphose et la manière dont l’art peut devenir un espace de reconstruction. Pour Allegro Musique, l’artiste revient sur son parcours, ses influences, son rapport à l’écriture, la scène, et la place des femmes dans l’industrie musicale.
Pourquoi avoir choisi le nom de scène Judielune ?
Quand j’étais plus jeune, au collège, mon Instagram s’appelait “Judie Lune Soleil”, ce qui n’était pas forcément un très bon nom d’artiste, un peu trop long ! Et comme beaucoup d’ados un peu émo, un peu tristes, je m’associais davantage à la lune qu’au soleil. En grandissant, quand j’ai commencé à sortir ma musique ou à composer plus sérieusement, j’ai raccourci, j’ai gardé “Judielune”, et je me suis dit que ça marchait bien, que je m’y reconnaissais, que c’était facile à retenir. Donc je l’ai gardé.
Vous écrivez des chansons depuis l’enfance. Que représentait la musique pour vous à ce moment-là ?
J’ai commencé à composer quand j’avais 8 ou 9 ans. J’ai beaucoup écouté de musique avec mon père, qui écoutait de tout, mais particulièrement du rock, notamment les Beatles. C’était quelque chose de très central dans ma vie. Très vite, j’ai eu envie de faire de la musique moi aussi. Comme mes parents étaient un peu anti-conservatoire, j’ai reçu un ukulélé à Noël, et ça m’a beaucoup plu. Instinctivement, dès que je l’ai eu entre les mains, le premier truc que je me suis dit, c’est : “J’aimerais bien écrire une chanson avec.” C’est venu assez naturellement.
Votre parcours mêle musique, théâtre, danse, costumes… Vous vous êtes toujours sentie artiste “multiple” ?
C’est venu petit à petit. Ce n’était pas forcément évident pour moi de finir à l’Opéra Comique, parce que ce n’était pas du tout ce qu’on m’avait transmis au départ. J’ai découvert tout ça vers 15 ans, en entrant dans cette maîtrise, et je me suis rendu compte que c’était incroyable de pouvoir mêler la danse, le théâtre, la musique, l’écriture… Ça m’a énormément plu. J’ai donc décidé de garder cette dimension dans ma manière de faire de la musique, et plus largement de faire de l’art en général.
Qu’est-ce que cette pluridisciplinarité vous apporte dans votre travail ?
Je pense que ça permet d’ajouter différentes grilles de lecture et de s’exprimer encore plus fort, avec encore plus d’intensité. Mon domaine de prédilection reste la musique, mais j’ai appris énormément en faisant un peu de danse, un peu de théâtre. Même les costumes, je les ai découverts à l’opéra, puis j’avais aussi un entourage qui faisait de la mode. J’ai trouvé que c’était un moyen d’expression supplémentaire pour mes projets, pour ce que j’avais envie de dire. Et c’est aussi quelque chose qui me reste de mon passage à l’opéra.

Qu’avez-vous gardé des artistes qui vous ont construite ?
De la chanson française traditionnelle, comme Barbara, Aznavour ou Bashung, j’ai surtout gardé le goût de l’écriture, la longueur des phrases, les métaphores. Des Beatles, peut-être moins quelque chose de directement identifiable, mais en tout cas l’idée d’oser, d’expérimenter, de tester plein de choses. De l’opéra, j’ai gardé la voix, les envolées, la dimension lyrique. Et de Solann, Iliona et d’autres artistes de la nouvelle scène française, j’ai gardé l’envie de modernité dans les productions, quelque chose de plus actuel, parfois plus engagé aussi.
Comment définiriez-vous votre identité artistique aujourd’hui ?
Je dirais : de la chanson française à texte, moderne, avec des productions plus électroniques, planantes et enveloppantes. Quelque chose d’assez introspectif.
Votre univers oscille entre chant lyrique, guitare folk et textures électroniques. Comment trouvez-vous l’équilibre entre toutes ces influences ?
Déjà, l’opéra, c’est un outil. Et c’est aussi une partie de moi que je ne peux pas renier. Quand on a chanté autant d’années de cette manière, la voix est marquée, qu’on le veuille ou non. Pour le côté folk, c’est très lié à ma façon de composer, qui reste souvent guitare-voix ou piano-voix, mais surtout guitare-voix parce que c’est mon premier instrument. Ensuite, la production électronique arrive plutôt à la fin, une fois que le morceau existe déjà. Là, je vais en studio, on cherche des références, on teste, on mélange. C’est un drôle de croisement entre chanson française folk et musique électronique, mais je crois que c’est l’équilibre qui me va.
Vous dites que les sons électroniques sont un amplificateur d’émotions. Comment les utilisez-vous concrètement ?
C’est assez récent pour moi. Avant, j’avais un autre projet, un EP que j’ai sorti à 17 ans et que j’avais écrit entre 15 et 17 ans. C’était très chanson française traditionnelle, avec des instruments assez classiques. Ensuite, en grandissant, j’ai découvert d’autres artistes, notamment Solann ou Iliona, qui ont des productions hyper fortes, avec des voix très singulières. J’ai trouvé que ça donnait une dimension plus actuelle à ce que je faisais. La chanson française à la Barbara, c’est magnifique, mais ça existe déjà. Ça ne sert à rien de reproduire quelque chose qui a déjà été fait et très bien fait. Donc j’essaie de trouver ma petite niche ailleurs aussi.
Quand vous composez, pensez-vous d’abord en images, en mots ou en sons ?
Les mots et les images viennent un peu en même temps. Tout est très visuel pour moi quand j’écris. Le plus souvent, j’écris en même temps que je gratte des accords un peu au hasard à la guitare ou au piano. Je n’ai pas forcément de thème en tête au départ. Les mots viennent, puis je vois ce que j’aime, ce que j’aime moins, et une ligne directrice se dessine petit à petit. Comme j’utilise beaucoup les métaphores, si des images me viennent, en général c’est que je suis dans la bonne direction.
Vous utilisez beaucoup de métaphores dans vos textes. Est-ce une manière de dire l’indicible ?
Oui, je pense. J’écris depuis que je suis toute petite. Avant même d’écrire des chansons, j’écrivais des nouvelles, des poèmes. Je suis beaucoup plus à l’aise avec le fait de dire des choses très douloureuses ou très compliquées à travers un poème, une métaphore, des repères sensoriels, plutôt qu’en les disant de manière frontale. Dire les choses “cash”, j’ai plus de mal. Ça se fait beaucoup dans la pop ou dans d’autres styles, mais moi je me comprends mieux en utilisant des métaphores. Je crois que le brut est trop violent pour moi.
Comment est née votre collaboration avec Lucie Menand autour de Femmes de Laine ?
Réponse : Je l’ai rencontrée au lycée. Enfin, on n’était pas dans le même lycée, mais mon meilleur ami de collège allait dans un autre lycée que le mien, et il y a rencontré Lucie. Petit à petit, on est devenues amies. À la base, on avait aussi en commun des personnes pas très chouettes, qui ne faisaient pas forcément en sorte qu’on soit proches. Finalement, on a dépassé tout ça, on s’est rapprochées, on s’est montré nos projets respectifs, et c’est comme ça qu’on a décidé de faire celui-là ensemble.
Comment est né le titre Femmes de Laine ? Il est très poétique, mais aussi très intrigant.
Pour ce morceau, c’était un peu particulier, parce que Lucie a d’abord créé sa collection toute seule, dans le cadre de sa dernière année d’école de mode. Elle devait choisir un thème pour sa collection. C’était un projet très important pour elle, parce qu’elle avait vécu des choses très dures. Sa collection a été quelque chose de très cathartique pour elle. Quand elle m’a proposé de composer autour de ça, j’ai essayé de reprendre le plus possible le vocabulaire des textures, des couleurs, des techniques qu’elle avait utilisées. Femmes de Laine, c’est le premier vers, la première phrase que j’ai écrite. On s’est dit toutes les deux que c’était très beau, très étrange aussi, et que ça représentait bien la fragilité, la douceur de la collection et du morceau, ainsi que cette idée de rédemption, d’aller mieux après de grosses épreuves.
Est-ce que cette chanson est aussi née d’un besoin de transformation personnelle ?
Oui, complètement. Il y a tellement d’épreuves, surtout à l’adolescence, dans le fait de grandir, et encore plus en tant que femme. Lucie parlait beaucoup du cocon. Il y a même une pièce de sa collection qui s’appelle comme ça, et c’est pour ça que ce mot revient dans le morceau. Il y a cette idée que les vêtements deviennent une forme de cocon dans lequel elle peut se mettre pour se sentir apaisée, se sentir bien, renaître un peu. Donc oui, il y a vraiment un effet de transformation, de métamorphose, qui est très présent dans le morceau et dans le projet en général.
Mettre ces émotions en musique les rend-elles plus faciles à porter, ou au contraire plus intenses ?
Un peu les deux. Par exemple, sur scène, quand Lucie était là et qu’il y avait cette musique, c’était extrêmement intime, donc super intense émotionnellement, parce qu’on a vécu certaines choses de près ou de loin ensemble. Mais à la fois, une fois que c’est capturé en studio, cristallisé dans un projet, ça permet aussi de prendre de la distance. Donc je dirais vraiment les deux.
Le projet tourne aussi autour de cette idée de “non-sens”. Qu’est-ce qu’elle signifie pour vous ?
Honnêtement, Le Non-Sens, c’est surtout le nom de sa collection à elle. On a un projet en commun, mais sa collection s’appelle Le Non-Sens et ma musique s’appelle Femmes de Laine. Donc cet aspect-là lui appartient un peu plus. Moi, ce n’est pas forcément là-dedans que j’ai trouvé mes réponses.

Et vous, où les avez-vous trouvées, vos réponses ?
Dans les formes qu’elle a choisies, dans les textures, dans la transparence, dans le fait qu’elle m’explique pourquoi il y a telle matière, telle fragilité, telle couture… C’est par là que je me suis approprié le projet et que j’ai compris sa complexité, tout ce qu’il racontait autour de la renaissance et de la rédemption.
Dans le clip, on voit une femme à deux têtes, ainsi que des danseuses presque comme des entités. Comment cette esthétique visuelle est-elle née ?
Il y a plusieurs choses. Déjà, comme c’est un projet à deux, c’était très important pour nous que ce ne soit pas juste “ma chanson” avec Lucie qui aurait simplement fait les costumes. En réalité, le projet vient d’elle à la base, grâce aux vêtements, et on voulait créer un objet artistique qui soit vraiment à 50 % issu de la mode et à 50 % issu de la musique. C’était important de nous mettre sur un pied d’égalité. La femme à deux têtes, c’était aussi une manière de montrer qu’à nous deux, on formait ce personnage principal qui traverse toute l’histoire du morceau. Quant aux trois danseuses, oui, ce sont un peu des entités bienveillantes, potentiellement déjà libérées de leur douleur, qui nous accompagnent dans ce processus. Et ça permettait aussi d’humaniser la collection.
Est-ce que vous concevez vos chansons comme des œuvres globales, presque comme des tableaux vivants ?
Celle-là particulièrement, oui. C’est vraiment le projet le plus hybride que j’ai pu faire jusqu’à présent. J’aimerais que ça continue, d’une manière ou d’une autre. Après, je ne pourrai pas toujours avoir des projets aussi hybrides que celui-ci, mais j’aime beaucoup cette idée de créer des choses en dialogue avec d’autres disciplines artistiques que la musique seule.
Qu’est-ce que ces autres formes d’expression apportent que la musique seule ne pourrait pas dire ?
Je pense quand même que si j’ai choisi la musique, c’est parce que c’est ce qui me touche le plus et ce qui me permet le mieux de transmettre des émotions. Mais j’ai aussi passé plusieurs années à l’opéra, et ce qui m’a profondément marquée, c’est de voir à quel point il est possible de créer un objet artistique en mêlant plusieurs arts. Je trouve ça tellement plus riche, plus complexe. Quand j’en ai l’occasion, j’essaie donc de multiplier les canaux d’expression. Après, je reste chanteuse à la base, et j’aime aussi garder une musique seule. Mais j’ai besoin de ne pas rester dans une seule case.
Quels thèmes allez-vous aborder dans votre prochain EP ?
Ce n’est pas très joyeux… Il y a la mort, surtout le deuil, le passage à l’âge adulte, le fait d’être un peu perdu là-dedans. Il y a aussi toujours cette idée de transformation et de renaissance, comme dans Femmes de Laine, mais parfois de manière plus sombre.
Le sujet de la santé mentale traverse aussi ce projet ?
Oui, mais pas de façon explicite. Il n’y a pas un morceau qui dirait frontalement “ça parle de santé mentale”, mais globalement, tout est un peu traversé par ça : le deuil, le temps qui passe, les secrets, les choses bloquées en soi… Donc oui, c’est quelque chose de très présent, mais plus en filigrane.
Pourquoi est-ce important pour vous de parler de ces sujets-là ?
Je pense que c’est très lié à notre époque, à mon âge aussi, à ce qu’on traverse tous dans la vingtaine. C’est une période assez étourdissante. On se pose beaucoup de questions, on vit des passages, des deuils, des transformations. Donc ce sont des sujets qui viennent naturellement.
Écrire, pour vous, c’est se dévoiler ou se protéger ?
Je dirais un peu les deux, mais sur scène, c’est vraiment le moment où je me dévoile le plus. C’est là que c’est le plus difficile. Quand le morceau est enregistré et que d’autres gens l’écoutent sans que je sois là, ça me fait moins peur.
Est-ce que l’écriture vous a permis de découvrir des choses sur vous-même ?
Oui. Comme je n’écris jamais en me disant “aujourd’hui je vais parler de ça”, j’ai découvert que naturellement, j’allais souvent vers des sujets assez lourds, tristes ou intenses, alors que dans la vie quotidienne je ne suis pas du tout quelqu’un de triste. Je suis plutôt quelqu’un d’assez joyeux. Donc c’est assez drôle de voir cette différence entre ce que je suis au quotidien et ce qui vient naturellement quand j’écris.
Sur scène, vous vous dévoilez davantage. Comment vivez-vous ce rapport au live ?
Oui et non. J’ai quand même fait six ans à l’Opéra Comique dans la maîtrise, donc j’ai été habituée très jeune à de grosses scènes, à des responsabilités, à chanter devant 1200 personnes, même au Stade de France. Donc il y a une habitude. Mais paradoxalement, chanter mes propres chansons devant vingt personnes, c’est beaucoup plus difficile. C’est beaucoup plus intime. Là, je me dévoile vraiment, alors que dans l’opéra, on incarne un rôle.
Avez-vous des techniques pour gérer le stress ?
Je garde un peu ce réflexe très opéra : même si je stresse, je garde mon cap, je regarde devant moi, je respire, je reste concentrée. Comme ça, même si je n’arrive pas à beaucoup bouger, il y aura quand même une présence. Ma grande peur, c’est surtout d’avoir un trou de mémoire et d’oublier les paroles. Ça ne m’était jamais arrivé pendant des années, puis il y a deux ans, lors d’une audition à l’opéra, ça m’est arrivé. Depuis, c’est devenu une vraie angoisse.
Et comment avez-vous réagi quand cela vous est arrivé ?
J’ai essayé de rattraper. On a repris et j’ai terminé. Et puis sur mes propres concerts, il m’est déjà arrivé d’avoir des petits blancs sur une phrase ou deux. Dans ces cas-là, j’improvise un peu, je modifie légèrement, et jusque-là ça s’est toujours bien rattrapé.
Que cherchez-vous à faire ressentir au public quand vous êtes sur scène ?
Avec ma voix un peu lyrique, les textes très métaphoriques, les vocalises, les productions enveloppantes… j’aime bien l’idée d’hypnotiser un peu le public, que le moment soit suspendu dans le temps, presque hors du temps. C’est un peu ce que je cherche.
Vous sentez-vous différente quand vous chantez seule avec une guitare, par rapport à une formule plus produite ?
Oui. En concert, jusqu’ici, j’ai surtout fait des formats guitare-voix ou avec une personne qui m’accompagne au piano ou à la guitare. Ce n’est pas du tout la même chose. La guitare est un vrai bouclier. Quand je l’ai avec moi, je peux un peu me cacher derrière. Chanter sans instrument, c’est plus difficile pour moi. Mais en même temps, comme j’ai déjà peur d’oublier les paroles, je me dis que si je dois en plus penser aux accords, ça fait beaucoup. Donc souvent, je préfère être accompagnée.
Y a-t-il un souvenir de scène plus fort que les autres ?
Oui, il y en a deux. Les deux étaient aux Disquaires, pour des premières parties. La première, c’était pour Félicien Adam, et c’était une des premières fois que je chantais mes propres musiques sur scène hors du cadre de la maîtrise. Étonnamment, il y a eu un vrai lâcher-prise, je me suis sentie bien, plus détendue, plus proche du public. Le deuxième moment, c’était pour une première partie de Vadel, et la personne qui m’accompagnait au piano, c’était ma prof de chant lyrique à l’Opéra Comique, quelqu’un que j’aime énormément et qui a été, je pense, l’une des premières personnes à croire en moi. Donc c’était très fort.
Vous jouez de plusieurs instruments. Quelle place occupent-ils aujourd’hui dans votre pratique ?
Techniquement, j’ai fait du ukulélé, de la guitare et du piano. Mais dans les faits, j’ai beaucoup perdu, surtout en guitare. Avant, je prenais des cours, puis c’est devenu surtout un outil pour m’accompagner. Je n’ai pas été assez sérieuse sur la technique, donc aujourd’hui j’ai envie de m’y remettre.
Femmes de Laine s’inscrit dans un projet plus large. Pouvez-vous nous parler de l’EP à venir ?
Oui. C’est un EP de cinq morceaux, dont un prélude, qui devrait sortir courant 2026. C’est le premier projet que je fais avec autant de sérieux, de distance, de maturité, dans la mesure de ce qu’on peut avoir à 22 ans. Tout est plus réfléchi, plus travaillé. Les inspirations sont plus multiples. Ce n’est plus juste de la chanson française. J’espère que ce sera un premier projet plus abouti, plus représentatif de ce que j’ai envie de faire ensuite.
Où aimeriez-vous emmener cet univers dans les prochaines années ?
J’aimerais que ce soit une belle carte de visite, que ça plaise à des gens, que ça parle à des gens, pouvoir faire des concerts, continuer à créer, collaborer avec d’autres artistes, pas forcément uniquement des musiciens. Je n’ai pas l’ambition de dire que j’en vivrai tout de suite, évidemment, parce que je suis encore émergente. Mais j’aimerais que ce projet ouvre des portes.
En tant que femme, rencontrez-vous des difficultés particulières dans l’industrie musicale ?
Réponse : Oui, forcément. Après, je tiens aussi à dire que je suis une petite meuf blanche à Paris, donc je ne suis vraiment pas la plus à plaindre dans l’industrie musicale. Mais malgré ça, oui, on se retrouve vite confrontée à des hommes, de tout âge d’ailleurs, qui prennent une position de supériorité, qui veulent t’expliquer des choses, te conseiller, parfois sans malveillance consciente, mais avec une forme d’infantilisation ou de décrédibilisation.
Comment réagissez-vous face à cela ?
Réponse : J’ai encore du travail là-dessus. Soit je me sens très mal à l’aise et je n’ose rien dire, soit au contraire, quand je me sens plus confiante, je peux répondre et recadrer. Mais dans la musique, c’est plus compliqué parce que j’ai moi-même encore du mal à me sentir pleinement crédible. Donc quand quelqu’un, surtout un homme, vient remettre ça en question, c’est parfois difficile de tenir bon. Cela dit, ces derniers temps, j’ai eu l’occasion d’échanger avec d’autres femmes dans la musique, et ça m’aide beaucoup.
Pensez-vous que cela soit aussi lié à la confiance en soi ?
Oui, complètement. Je le vois même avec mes amis hommes qui font de la musique. Pour des choses similaires, eux y vont, ils ne se posent pas autant de questions. Là où moi je vais me dire que je ne suis pas assez légitime, pas assez prête, eux vont tenter. Je pense que c’est quelque chose qu’on retrouve chez beaucoup de femmes dans la musique : on se met nos propres barrières, ou alors on a du mal à passer au-dessus de celles que d’autres nous mettent. Les hommes, eux, ont souvent beaucoup moins ce réflexe-là.
Qu’est-ce qui vous aide justement à tenir face à ça ?
Honnêtement, la seule vraie clé que j’ai trouvée, c’est de me rapprocher d’autres artistes féminines, de lire, d’écouter des podcasts, de voir des artistes comme Solann ou Yoa parler de ça. Ça aide énormément d’avoir des modèles et des personnes avec qui partager ces expériences.
Si votre musique pouvait accompagner quelqu’un dans un moment difficile, qu’aimeriez-vous qu’elle lui apporte ?
J’aimerais qu’elle soit une sorte de bulle, un espace où c’est OK de tout lâcher, de tout dire, même les pensées les plus sombres, les plus dures à assumer. Un espace où c’est possible de penser ces choses-là, de les laisser exister. Une sorte d’exutoire.
Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez ajouter pour conclure ?
Oui, juste préciser que quand je parle de la place des femmes dans l'industrie musicale, je le fais à mon échelle. J’ai beaucoup de privilèges par rapport à d'autres artistes et ça me semble justement important d'utiliser les outils auxquels j'ai accès pour parler de ces sujets. Aider à les mettre en lumière les difficultés même si je ne les rencontre pas toutes moi-même, ça me semble important.
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